Quand les écrans servent à calmer, apaiser ou occuper : comprendre la régulation émotionnelle numérique

Une silhouette d'enfant montrant un coeur lumineux dans son cerveau et son système nerveux comme étant un réseau de connexion numérique

Dans de nombreuses familles, les écrans sont devenus des alliés du quotidien. Ils calment, occupent, apaisent, détournent l’attention ou permettent de souffler quelques instants. Cette réalité concerne autant les tout-petits que les enfants et les adolescent·es. Pourtant, lorsque les écrans deviennent le principal outil de régulation émotionnelle, des questions se posent. Que se passe-t-il quand le numérique remplace d’autres formes d’accompagnement émotionnel ? Et comment trouver un équilibre sans culpabiliser ?

Les écrans, une réponse rapide à des besoins bien réels

Il serait réducteur de considérer l’usage des écrans uniquement comme un problème. Sur le terrain, on observe que les écrans répondent souvent à des besoins très concrets (calmer une agitation, gérer un moment de fatigue, éviter une crise, combler un vide ou encore permettre aux adultes de reprendre leur souffle).

Dans un quotidien parfois chargé et/ou stressant, le numérique offre une solution immédiate et efficace à court terme. Une vidéo capte l’attention, un jeu détourne l’émotion, un smartphone permet de se couper momentanément de ce qui est difficile à gérer.

Ces usages ne sont ni rares ni anormaux. Ils s’inscrivent dans une réalité familiale et éducative où chacun fait au mieux avec les ressources dont il dispose.

Quand l’écran devient le principal outil pour gérer les émotions

Les difficultés apparaissent lorsque l’écran devient la réponse quasi systématique à toute émotion inconfortable (ennui, frustration, tristesse, colère ou anxiété). À force d’être apaisé par un stimulus externe, l’enfant ou l’adolescent·e peut avoir moins d’occasions d’apprendre à reconnaître ses émotions et de les réguler autrement.

Cela ne signifie pas que les écrans “empêchent” le développement émotionnel, mais qu’ils peuvent, dans certains contextes, le court-circuiter. Le risque n’est pas tant l’écran en lui-même que l’absence d’alternatives proposées ou expérimentées.

Une réalité qui traverse tous les âges

La régulation émotionnelle par les écrans ne concerne pas uniquement les adolescent·es. Elle est observable dès la petite enfance, par exemple lorsque les écrans sont utilisés pour calmer un enfant fatigué ou éviter une crise. Plus tard, elle prend d’autres formes telles que le téléphone pour gérer l’ennui, les réseaux sociaux pour apaiser un sentiment de solitude ou encore les jeux vidéo pour évacuer le stress.

Chez les adolescent·es, cette fonction émotionnelle des écrans est souvent renforcée par la pression sociale et la recherche de reconnaissance. Les écrans deviennent alors un espace refuge, mais aussi parfois une source supplémentaire de tension.

Sortir de la culpabilité pour mieux accompagner

Aborder cette question sous l’angle de la culpabilité n’aide ni les parents, ni les professionnel·les, ni les jeunes. La plupart des adultes ont eux-mêmes recours aux écrans pour se détendre ou se changer les idées. Reconnaître cette réalité permet d’ouvrir un dialogue plus honnête et plus constructif.

L’enjeu n’est pas de supprimer ces usages, mais de les rendre conscients, ponctuels et complémentaires à d’autres formes de régulation émotionnelle. Il en existe une multiplicité (mouvement, parole, jeu libre, créativité, temps de pause ou relation).

Une main avec un écrans sur lequel on voit un soleil et ceci face à une autre main sur laquelle il y a un coeur

Accompagner plutôt que remplacer

Sur le terrain, nous constatons que les situations évoluent positivement lorsque les écrans ne sont plus la seule réponse. Cela passe par des ajustements progressifs, adaptés à l’âge et au contexte, mais aussi par un accompagnement des adultes.

Créer des moments sans écran, mettre des mots sur les émotions, proposer des alternatives réalistes et accepter que tout ne soit pas parfait font partie du processus. Ce travail demande du temps, de la cohérence et souvent un soutien extérieur.

Des ressources pour soutenir parents et professionnel·les

Sur prevention-ecrans.ch, nous proposons des prestations destinées aux parents, aux écoles et aux professionnel·les afin d’aborder ces questions de manière nuancée et concrète. Ateliers, formations et outils de prévention permettent de mieux comprendre les usages émotionnels des écrans et d’identifier des pistes adaptées à chaque situation.

Notre plateforme DigiHarmo.ch met également à disposition des ressources et recommandations par âge pour accompagner les familles dans la mise en place d’un cadre équilibré. Ces supports offrent des repères utiles pour réfléchir à la place des écrans sans tomber dans des injonctions irréalistes.

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Vers une relation plus consciente aux écrans

Les écrans font partie intégrante de notre environnement émotionnel. Les ignorer ou les diaboliser ne permet pas d’en réduire les effets problématiques. En revanche, apprendre à comprendre leur rôle, leurs fonctions et leurs limites ouvre la voie à une utilisation plus consciente et plus ajustée.

Accompagner les enfants et les adolescent·es dans la gestion de leurs émotions, avec et au-delà des écrans, constitue un enjeu central de la prévention aujourd’hui. Un travail de fond, à mener ensemble, dans la durée.