Réseaux sociaux : faut-il relever l’âge minimum à 16 ans pour mieux protéger les jeunes ?

Un panneau attention +16 ans avec derrière les logos de Facebook, TikTok, Snapchat et Instagram

Le débat revient régulièrement, mais il s’intensifie nettement ces derniers mois. Plusieurs pays envisagent (ou mettent en place) un âge minimum légal pour accéder aux réseaux sociaux, souvent fixé à 16 ans. En Suisse aussi, l’idée progresse et rencontre un fort soutien dans l’opinion publique selon une étude de la Berner Generationenhaus.
Derrière cette question, un enjeu central : comment protéger les enfants et les adolescent·es sans tomber dans une approche moralisatrice ou irréaliste ? À REPER, notre position est claire. La réponse ne peut pas reposer uniquement sur les familles et les jeunes.

Pourquoi ce débat prend de l’ampleur maintenant ?

Le sujet de l’âge minimum se retrouve aujourd’hui au cœur des politiques publiques, notamment parce que les plateformes sociales concentrent plusieurs risques (exposition à des contenus inappropriés, cyberharcèlement, désinformation, pression sociale et mécanismes de captation, tels que le scroll infini, les recommandations ou les notifications).

Plusieurs pays testent ou annoncent des mesures plus strictes, avec une tendance à déplacer la responsabilité vers les plateformes (vérification d’âge, obligations de sécurité). L’Australie, par exemple, a instauré un cadre où les plateformes doivent prendre des mesures « raisonnables » pour empêcher les moins de 16 ans d’avoir un compte, avec des sanctions possibles en cas de non-respect. En Europe, les discussions se multiplient également sur des restrictions d’accès et des mécanismes garantissant l'âge de la personne.

13 ans : un seuil historique, mais pas forcément un seuil de maturité !

Beaucoup de parents s’étonnent : « Pourquoi 13 ans, au juste ? ». En réalité, ce seuil est largement lié à des règles de protection des données (par exemple la loi américaine COPPA, qui encadre la collecte de données chez les moins de 13 ans) et a ensuite été repris par de nombreuses plateformes comme âge d’inscription “standard”. 

Autrement dit, 13 ans n’a pas été pensé comme un repère éducatif ou développemental, mais plutôt comme un compromis juridique et économique.

C’est l’une des raisons pour lesquelles certains acteurs plaident aujourd’hui pour un relèvement à 15 ou 16 ans. À ces âges, les compétences d’auto-régulation, de discernement ou de gestion de la pression sociale sont souvent plus solides. Même si elles restent en construction (jusqu'à environ 25 ans).

Partage des responsabilités avant la culpabilisation

REPER observe que l’usage des médias numériques est devenu une norme sociale et qu’il répond à de vrais besoins de socialisation. Mais nous constatons aussi que la forme actuelle de certains services (réseaux sociaux et une partie des jeux en ligne) pose problème (accès facile à des contenus inadaptés, algorithmes conçus pour maximiser l’engagement, efforts de modération insuffisants face aux comportements indésirables tels le cyberharcèlement ou les fake news).

Le point clé pour nous est que la réponse ne peut pas reposer uniquement sur les parents. Une approche centrée uniquement sur les comportements individuels devient rapidement culpabilisante et inefficace. REPER défend au contraire une logique de responsabilité partagée  entre tous les acteurs en présence. Familles, écoles, pouvoirs publics et industrie doivent assumer chacun leur part.

Plusieurs mains construisant un petit mur de pierre symbolisant l'effort de groupe

Âge minimum à 16 ans : quels bénéfices et quelles limites ?

Selon nous, un âge minimum légal peut améliorer un certain nombre d'élément tels que :

  • réduire l’accès très précoce à des services conçus pour capter l’attention,
  • clarifier la responsabilité des plateformes (et pas uniquement des familles),
  • donner un signal social fort et cohérent (écoles, parents, institutions),
  • faciliter la prévention : « ce n’est pas un interdit arbitraire, c’est un cadre ».

En Suisse, l’idée est largement soutenue avec environ 4 personnes sur 5 se déclarent favorables à un âge minimum de 16 ans.

Mais introduire un âge légal ne va pas pour autant résoudre entièrement les problèmes et les nuisances que cause certains réseaux sociaux. En effet, la vérification d'âge pourra toujours être contournée (plus ou moins facilement). L'accompagnement des enfants et des ados demeurera fondamental pour leur donner un maximum de compétences de gestion des écrans.

Continuer à accompagner en attendant une éventuelle loi

Même sans changement légal immédiat, il est primordial de continuer à accompagner nos enfants. Par exemple en mettant en place (parents ou professionnels de l'enfance ou de l'adolescence) :

  • Un cadre progressif, adapté à l’âge (et pas “tout ou rien”);
  • Des paramètres de confidentialité et de sécurité configurés avec l’enfant;
  • Une discussion régulière sur ce que l’enfant voit, vit, subit ou partage;
  • Des règles simples (téléphone hors chambre la nuit, plages sans écrans, etc.);
  • Un accompagnement des compétences : esprit critique, pression sociale, signalement, gestion du temps

Sur notre plateforme DigiHarmo, vous trouverez des pages dédiées pour aider les parents à comprendre les enjeux et poser des repères concrets.

Vers des réseaux sociaux “compatibles jeunesse”

Au-delà de la question de l’âge, l’enjeu est aussi la nature même des plateformes proposées aux jeunes. Dans son positionnement, REPER défend l’idée qu’un espace numérique sécurisé devrait viser des principes clairs. Il s'agit notamment d'une modération renforcée, de barrières d’âge efficaces et surtout de services sans mécanique conçue pour maximiser l’engagement à tout prix. 

C’est là que se joue la vraie évolution. Passer d’une logique “les jeunes doivent apprendre à résister” à une logique “les environnements doivent être conçus pour ne pas nuire”.

Relever l’âge minimum à 16 ans peut être une mesure utile, mais uniquement si elle s’inscrit dans une stratégie plus large. La question n’est pas de diaboliser les réseaux sociaux, mais de reconnaître qu’ils ne sont pas neutres et qu’ils structurent fortement les comportements, surtout chez les jeunes.

À REPER, nous restons convaincus qu’il faut agir sur deux niveaux : soutenir les familles et les milieux éducatifs dès maintenant et travailler à des conditions-cadres plus protectrices pour notre jeunesse à moyen terme.