Écrans et santé mentale des jeunes : que disent vraiment les études récentes ?

Un écrans de smartphone avec un smiley pas content

Les écrans sont souvent accusés d’être responsables d’une dégradation de la santé mentale des jeunes. Anxiété, dépression, isolement, etc., les inquiétudes sont nombreuses et largement relayées dans les médias. Mais que disent réellement les études récentes, notamment en Suisse ? Les écrans sont-ils la cause du problème ou un facteur parmi d’autres ? Décryptage pour y voir plus clair.

Une santé mentale des jeunes sous pression

Ces dernières années, plusieurs enquêtes ont mis en évidence une dégradation du bien-être psychique chez les jeunes en Suisse. L’étude HBSC 2022 montre notamment une augmentation des symptômes d’anxiété, du stress et des troubles du sommeil chez les 11–15 ans. Cette évolution est particulièrement marquée chez les filles.

Dans le même temps, l’étude JAMES 2024 confirme que les écrans occupent une place toujours plus importante dans la vie des adolescent·es. Les réseaux sociaux, en particulier, sont devenus des espaces centraux de socialisation, d’information et de divertissement.

Ces deux constats évoluent en parallèle, ce qui alimente naturellement les inquiétudes. Mais il faut rester prudent. Une évolution simultanée ne signifie pas forcément qu’il existe un lien direct de cause à effet.

Un lien réel, mais souvent surestimé

La recherche actuelle montre que les écrans peuvent jouer un rôle dans la santé mentale, mais que ce rôle est généralement plus modéré qu’on ne l’imagine. Une méta-analyse publiée dans Nature Human Behaviour montre que l’association entre usage des technologies numériques et bien-être est faible à modérée.

Tous les usages ne se valent pas. Discuter avec des amis, s’informer ou créer du contenu ne produit pas les mêmes effets que passer de longues heures à consommer des contenus de manière passive. De la même manière, un jeune déjà fragilisé ne vivra pas les réseaux sociaux de la même façon qu’un autre.

Autrement dit, les écrans peuvent soutenir certaines dimensions du bien-être, mais aussi en fragiliser d’autres selon le contexte.

Des effets plus marqués dans certaines situations

Si le lien global reste nuancé, certaines situations ressortent de manière beaucoup plus claire dans les études.

Le sommeil, par exemple, apparaît comme un facteur central. L’usage des écrans en soirée est associé à un endormissement plus tardif et à une qualité de sommeil diminuée (notamment Hale & Guan, 2015 ; Twenge et al., 2018). Or, le sommeil est directement lié à la régulation émotionnelle et au bien-être psychique.

Le cyberharcèlement constitue un autre facteur bien documenté. Une revue systématique indique que les jeunes exposés à ce type de violence présentent un risque significativement accru de dépression et d’anxiété.

Les réseaux sociaux peuvent également favoriser des mécanismes de comparaison sociale. Les contenus valorisés, souvent idéalisés, peuvent générer un sentiment de décalage ou d’insuffisance, surtout à des âges où l’identité est encore en construction.

Enfin, certains jeunes développent un usage problématique des écrans, avec une perte de contrôle progressive. Selon l'étude HBSC 2022, environ 7 % des jeunes de 11 à 15 ans présentent un usage problématique des réseaux sociaux, contre environ 3 % pour les jeux vidéo.

Un ado avec différents éléments liés aux écrans au-dessus de sa tête et à côté des mains portant des symboles en lien avec la santé

Un phénomène multifactoriel

L’un des éléments essentiels à retenir est que la santé mentale des jeunes ne peut pas être expliquée par un seul facteur. Les écrans s’inscrivent dans un ensemble plus large comprenant la pression scolaire, les relations sociales, le contexte familial ou encore les événements de vie.

Plusieurs chercheurs insistent sur cette approche globale. Les chercheurs Odgers et Jensen soulignent notamment que les technologies numériques peuvent amplifier certaines vulnérabilités, mais qu’elles ne sont que rarement à l’origine unique des difficultés observées.

Réduire la question à une opposition simple entre écrans et santé mentale ne permet donc pas de rendre compte de la réalité.

Prévenir sans dramatiser : une approche concrète

Sur le terrain, nous constatons que les parents et les professionnel·les sont souvent pris entre deux discours opposés. D’un côté des messages alarmistes sur les dangers des écrans, de l’autre une banalisation de leurs usages. Dans les faits, la plupart des situations se situent entre les deux. C’est pourquoi nous privilégions une approche de prévention qui repose sur la compréhension des usages, le dialogue et la mise en place de repères réalistes. L’objectif est d’aider les jeunes à développer progressivement un rapport plus équilibré, en tenant compte de leur âge, de leur environnement et de leurs besoins.

Des outils concrets pour accompagner les jeunes et les familles

Dans cette optique, REPER développe différentes actions de prévention à destination des familles et des professionnel·les. Ateliers, formations ou ressources en ligne visent à mieux comprendre les enjeux liés aux écrans et à outiller les adultes dans leur rôle d’accompagnement. La plateforme DigiHarmo propose notamment des repères par âge, des thématiques spécifiques (réseaux sociaux, jeux vidéo, sommeil, etc.) ainsi que des outils pratiques pour favoriser les échanges avec les jeunes. L’enjeu est de donner à chacun des clés concrètes pour agir, sans culpabilisation, et en restant au plus proche des réalités du terrain.

Trosi smiley - pas content-mitigé et content avec deux doigts qui saisissent le souriant