Quand le téléphone des parents prend trop de place dans la relation leurs enfants

Une maman qui consulte son smartphone à côté de sa fille qui la regarde d'un air las

On parle beaucoup du temps d’écran des enfants et des adolescent·es. Mais qu’en est-il de celui des adultes ? Une étude publiée en juin 2026 dans Frontiers in Psychology s’est intéressée à la manière dont les adolescent·es perçoivent l’utilisation du smartphone de leurs parents. Ses résultats suggèrent qu’une attention parentale régulièrement interrompue par les écrans est associée à davantage d’insécurité dans la relation parent-enfant. Une bonne raison de rappeler que l’exemplarité numérique concerne toute la famille.

« Tu aimes ton téléphone plus que moi ? »

C’est une phrase d’enfant qui a donné son titre à l’étude : “Mommy, do you love your phone more than me?”.

Les chercheuses et chercheurs se sont intéressés à ce que l’on appelle la technoference, c’est-à-dire les interruptions provoquées par les outils numériques dans les interactions entre personnes. On parle également de phubbing, contraction de phone et snubbing, lorsque quelqu’un ignore partiellement une personne présente parce que son attention est captée par son téléphone.

Ces situations sont devenues banales : consulter une notification pendant une conversation, répondre à un message à table ou regarder son téléphone lorsqu’un enfant cherche à attirer notre attention.

Mais leur répétition peut avoir davantage d’importance qu’on ne l’imagine.

600 adolescent·es interrogé·es

L’étude a été réalisée auprès de 600 adolescent·es américain·es âgé·es de 12 à 17 ans.

Les jeunes devaient notamment indiquer dans quelle mesure ils avaient le sentiment que leur parent était distrait par ses appareils numériques : qu’il ne leur accordait pas suffisamment d’attention, qu’il continuait à utiliser son téléphone lorsqu’ils souhaitaient lui parler ou encore qu’il semblait inattentif lors de moments importants.

Les chercheurs ont ensuite comparé ces réponses avec des indicateurs portant sur la qualité du lien d’attachement avec le parent.

Une association avec un attachement plus insécurisé

Les résultats montrent une association assez nette. Plus les adolescent·es rapportaient une forte interférence des appareils numériques dans la relation, plus ils présentaient également des indicateurs d’attachement anxieux ou évitant envers leur mère ou leur père.

Autrement dit, les jeunes qui avaient davantage le sentiment que leur parent était absorbé par son téléphone rapportaient aussi plus fréquemment des difficultés liées à la disponibilité émotionnelle et à la sécurité de la relation. 

Il faut toutefois rester prudent, car cette étude ne démontre pas que le téléphone des parents provoque un attachement insécurisé. Les chercheurs soulignent eux-mêmes que l’étude est transversale et basée sur les perceptions des adolescent·es. Il est donc impossible d’établir un lien de cause à effet. D’autres facteurs familiaux ou relationnels peuvent également intervenir.

Une petite fille qui dessine à côté de sa maman qui est sur son smartphone et qui est transparente, illustrant ainsi le phubbing

Être présent sans vraiment l’être

L’étude fait aussi référence à une expression intéressante : l’« absent presence », ou présence absente.

Nous pouvons être physiquement présents dans une pièce, assis à côté de notre enfant, tout en ayant notre attention ailleurs.

Le problème ne vient évidemment pas d’un message auquel on répond occasionnellement. Les smartphones font partie de notre quotidien et les parents doivent eux aussi travailler, communiquer ou simplement se détendre.

C’est plutôt la répétition de petites interruptions qui mérite notre attention : lorsqu’un enfant cherche régulièrement à établir un contact et rencontre, à la place du regard ou de la réponse attendue, un adulte absorbé par son écran.

Les écrans : une question familiale

Cette étude rappelle surtout une chose essentielle qui est que la gestion des écrans ne concerne pas uniquement les enfants.

Demander à un adolescent de poser son téléphone pendant le repas tout en consultant régulièrement le sien peut rendre les règles difficiles à comprendre et à accepter.

L’exemplarité ne signifie pas que les adultes doivent abandonner leurs smartphones ou avoir les mêmes règles que leurs enfants. Elle consiste plutôt à montrer qu’il est possible de choisir certains moments où les interactions humaines passent en premier.

À table, pendant une discussion importante, lors d’une activité familiale ou lorsqu’un enfant vient nous parler, poser son téléphone quelques instants peut envoyer un message particulièrement simple : « Je suis là et je t’écoute. »

Pas besoin d’être un parent parfait

Cette nouvelle étude ne doit surtout pas devenir une source supplémentaire de culpabilité.

Les parents évoluent eux aussi dans un environnement numérique conçu pour solliciter constamment leur attention (notifications, messages professionnels, actualités, réseaux sociaux ou  encore applications diverses).

L’enjeu n’est donc pas de surveiller chaque minute passée sur un smartphone, mais de prendre conscience de certains automatismes.

Créer quelques espaces ou moments sans téléphone dans la journée, désactiver certaines notifications ou simplement poser son appareil lorsqu’une conversation commence peut déjà faire une différence.

Finalement, l’exemplarité est peut-être le meilleur outil de prévention

Les enfants apprennent énormément en observant les adultes qui les entourent.

Nos comportements numériques leur transmettent donc aussi des messages tels que : Est-il normal de regarder son téléphone pendant une conversation ? Peut-on attendre avant de répondre à une notification ? Est-il possible de s’ennuyer quelques minutes sans sortir immédiatement son smartphone ?

La prévention des écrans passe certainement par des règles, des discussions et des outils adaptés à l’âge.

Mais elle passe aussi par quelque chose de beaucoup plus simple qui est la manière dont nous utilisons nous-mêmes nos écrans lorsque nous sommes avec nos enfants.

Lien vers l'étude