La France interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans : un tournant pour la protection des jeunes

Smartphone avec différentes icônes de réseaux sociaux sur l'écrans et des chaînes autour du téléphone signifiant l'interdiction de ces réseaux

Le Parlement français a récemment adopté une loi interdisant l'accès aux principaux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Cette décision marque une étape importante dans la manière dont les pouvoirs publics abordent la protection des jeunes dans l'espace numérique.

Depuis plusieurs années, les inquiétudes grandissent face aux effets des réseaux sociaux sur la santé mentale, le cyberharcèlement, l'exposition à des contenus inappropriés ou encore la captation de l'attention. La France fait aujourd'hui le choix d'agir.

À REPER, nous estimons que cette décision va dans le bon sens. Non pas parce qu'il faudrait éloigner les jeunes du numérique, mais parce qu'il devient indispensable de mieux encadrer des plateformes qui n'assument pas suffisamment leur responsabilité envers la protection de la jeunesse.

Une responsabilité qui ne peut plus reposer uniquement sur les familles

Pendant longtemps, la prévention s'est principalement adressée aux parents. Il leur appartenait de fixer des règles, de contrôler l'utilisation des smartphones, de vérifier les contenus consultés ou encore de limiter le temps passé sur les réseaux sociaux.

Ces démarches restent essentielles. Mais elles ne suffisent plus.

Les parents doivent aujourd'hui composer avec des plateformes internationales dont le modèle économique repose sur la captation de l'attention. Les défilements infinis, les notifications permanentes, les systèmes de récompense ou les algorithmes de recommandation ne sont pas des accidents. Ils sont conçus pour retenir les utilisateurs le plus longtemps possible.

Dans son positionnement sur les médias numériques, REPER rappelle que la responsabilité doit être partagée entre les familles, les pouvoirs publics et les opérateurs des plateformes. La protection des jeunes ne peut pas reposer uniquement sur les comportements individuels.

Une décision cohérente avec les constats de terrain

Chaque année, les professionnel·les de REPER rencontrent des milliers de jeunes, de parents et d'équipes éducatives.

Les demandes liées aux médias numériques ont fortement augmenté ces dernières années. Difficultés à décrocher des réseaux sociaux, conflits familiaux autour des écrans, cyberharcèlement, exposition à des contenus violents ou sexuels, troubles du sommeil ou décrochage scolaire font désormais partie des préoccupations fréquemment rencontrées sur le terrain.

La décision française reconnaît implicitement une réalité importante : certains réseaux sociaux ne proposent aujourd'hui pas un environnement suffisamment protecteur pour des enfants ou de jeunes adolescent·es.

Fixer un âge minimum ne résoudra pas tout. Certains jeunes contourneront probablement ces restrictions. Mais comme pour d'autres mesures de santé publique, l'objectif est également d'établir un cadre clair et de responsabiliser les acteurs concernés.

Les jeunes ont besoin de communiquer

Soutenir cette décision ne signifie pas vouloir couper les jeunes de leur vie sociale.

Les réseaux sociaux répondent à de véritables besoins (maintenir des liens avec leurs amis, organiser des activités, partager leurs centres d'intérêt, créer ou simplement échanger avec leurs pairs).

Ces besoins ne disparaîtront pas avec une interdiction. La question devient donc différente :

Comment permettre aux jeunes de communiquer dans des espaces réellement adaptés à leur âge et sécures ?

5 jeunes ensemble qui discutent et en arrière-fond dans le ciel, une constellation d'icônes symbolisant la communication numérique

Construire des espaces numériques plus sûrs

À REPER, nous pensons que la réponse ne peut pas uniquement être restrictive.

Les jeunes ont besoin d'espaces numériques qui favorisent les échanges tout en limitant les mécanismes qui exploitent leur attention ou leurs données personnelles.

Cela suppose notamment des plateformes proposant une modération efficace, des paramètres protecteurs activés par défaut, une collecte de données limitée, des systèmes de vérification de l'âge crédibles et des fonctionnalités pensées pour le bien-être des utilisateurs plutôt que pour maximiser leur temps de connexion.

Notre positionnement appelle précisément à développer un espace numérique sécurisé, où les plateformes assument une véritable responsabilité sociale envers les mineur·es.

L'Europe a aussi un rôle à jouer

Cette actualité soulève une autre question importante qui est celle de notre dépendance envers quelques grandes plateformes internationales.

L'Europe s'est déjà imposée comme un acteur majeur dans la protection des données personnelles et la régulation du numérique. Elle pourrait aller plus loin en encourageant l'émergence de solutions respectueuses des droits des enfants et des adolescent·es.

Développer ou soutenir des services numériques conçus dès leur origine autour de la protection de la jeunesse, de la transparence et du respect de la vie privée constituerait une étape importante. Réglementer les plateformes existantes est nécessaire, mais proposer des alternatives crédibles l'est tout autant.

Prévenir reste indispensable

Même avec une réglementation plus stricte, les familles, les écoles et les professionnel·les continueront à jouer un rôle essentiel.

Les jeunes auront toujours besoin d'apprendre à exercer leur esprit critique, à protéger leurs données personnelles, à reconnaître les situations à risque et à développer une relation équilibrée avec les outils numériques. La prévention reste donc complémentaire à la régulation. Les deux approches ne s'opposent pas. Elles se renforcent mutuellement.

La décision française constitue un signal fort. Pour la première fois, un grand pays européen affirme clairement que la protection des mineur·es ne peut plus dépendre uniquement de la vigilance des familles.

À REPER, nous considérons qu'il s'agit d'une évolution positive. Les plateformes numériques doivent désormais assumer pleinement leur responsabilité dans la protection des jeunes.

Mais protéger ne consiste pas seulement à fermer une porte. Il faut également ouvrir de nouvelles perspectives telles que développer des espaces numériques plus sûrs, soutenir des alternatives respectueuses des droits des enfants et poursuivre les efforts de prévention afin que les jeunes puissent profiter des opportunités du numérique dans un environnement plus équilibré.