Parler à une intelligence artificielle de ses émotions, de son stress ou encore de ses difficultés personnelles semblait encore futuriste il y a peu. Pourtant, une récente étude de Pro Juventute montre qu’une partie des jeunes en Suisse utilise désormais des outils d’IA comme ChatGPT pour évoquer des préoccupations personnelles ou chercher du soutien. Une évolution qui interroge autant qu’elle éclaire les nouveaux rapports des jeunes au numérique.
Une étude suisse qui met en lumière de nouveaux usages
Dans son étude jeunesse 2026, Pro Juventute s’est notamment intéressée au rapport des jeunes suisses au numérique et à l’intelligence artificielle. Parmi les résultats marquants, un chiffre a particulièrement retenu l’attention. Environ un·e jeune sur dix déclare utiliser une IA conversationnelle pour parler de préoccupations personnelles ou émotionnelles.
Cette donnée ne signifie évidemment pas que les jeunes remplacent leurs proches ou les professionnel·les par des intelligences artificielles. Mais elle montre que ces outils prennent progressivement une place dans leur quotidien, y compris dans des dimensions sensibles liées au bien-être psychologique.
Pourquoi les jeunes se tournent-ils vers l’IA ?
Le succès des IA conversationnelles auprès des jeunes ne doit pas être compris uniquement comme un phénomène technologique. Ces outils répondent à plusieurs besoins très humains.
D’abord, ils sont disponibles immédiatement, à toute heure du jour ou de la nuit. Ensuite, ils donnent l’impression d’un espace sans jugement, où l’on peut poser des questions parfois difficiles ou embarrassantes. Pour certains jeunes, il peut être plus simple d’écrire quelques mots à une IA que d’aborder directement certains sujets avec un adulte.
L’anonymat joue également un rôle important. Dans une période de construction identitaire parfois marquée par le doute ou la peur du regard des autres, ces outils peuvent apparaître comme rassurants.
Enfin, les IA conversationnelles utilisent un langage fluide, empathique et accessible, ce qui peut renforcer le sentiment d’être écouté ou compris.
Une évolution qui soulève aussi des questions
Même si ces outils peuvent parfois offrir un premier espace d’expression, ils présentent également plusieurs limites importantes.
Une intelligence artificielle ne ressent pas d’émotions et ne comprend pas véritablement la souffrance humaine. Elle génère des réponses à partir de probabilités statistiques et peut parfois produire des conseils inadaptés, simplistes, voire purement erronés.
De plus, une relation avec une IA ne remplace pas un véritable lien humain. Les proches, les professionnel·les, les enseignant·es ou encore les éducateur·trices jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement émotionnel des jeunes.
Ces nouveaux usages posent enfin des questions importantes autour de la confidentialité des échanges (protection des données). De même qu'en est-il du risque de la dépendance émotionnelle à certains outils ou encore de la capacité des jeunes à distinguer accompagnement humain et réponse automatisée ?
Un révélateur des besoins actuels des jeunes
Au-delà de l’IA elle-même, cette étude met surtout en lumière autre chose. De nombreux jeunes ressentent un besoin d’écoute et de soutien.
Le recours à des outils numériques pour parler de soi peut être vu comme le symptôme d’un contexte plus large. Nous vivons dans une société globalement stressante. Le pression scolaire est grande, tout comme la quête d'un travail. Le contexte géopolitique n'a rien de rose actuellement et peut très légitimement donner des craintes pour l'avenir. Les écrans permettent de nous connecter à la terre entière, mais paradoxalement peuvent aussi nous isoler et rendre difficile la recherche d'espace de parole.
Tous ces éléments font les écrans et les outils numériques deviennent parfois des espaces où les jeunes cherchent du réconfort, des réponses ou simplement une présence.
Prévenir sans diaboliser
Comme souvent avec les usages numériques, il est important d’éviter les réactions excessives. L’objectif n’est pas de présenter l’intelligence artificielle comme dangereuse en soi, ni d’interdire systématiquement ces outils.
L’enjeu est plutôt d’aider les jeunes à développer une utilisation critique et équilibrée de ces technologies.
Cela passe notamment par
- le dialogue,
- l’éducation aux médias numériques,
- la compréhension du fonctionnement des IA,
- et le maintien de relations humaines solides autour des jeunes.
Les adultes ont ici un rôle important à jouer. S’intéresser aux usages numériques des jeunes et créer des espaces de discussion ouverts permet souvent de prévenir bien des difficultés.
Accompagner les familles et les professionnel·les
À REPER, nous observons que les questions liées aux écrans, et désormais dont l’intelligence artificielle fait partie, évoluent très rapidement. Les familles et les professionnel·les peuvent parfois se sentir dépassés face à ces transformations.
C’est pourquoi nous développons différents outils et ressources pour accompagner ces usages numériques de manière nuancée et adaptée aux réalités actuelles.
La plateforme DigiHarmo propose notamment des contenus autour des compétences numériques nécessaires pour évoluer dans un environnement numérique en constante évolution. L’objectif n’est pas d’opposer les jeunes au numérique, mais de leur permettre d’utiliser ces outils avec davantage de compréhension et de sécurité.
L’étude Pro Juventute 2026 montre à quel point les usages numériques des jeunes continuent d’évoluer rapidement. Le fait qu’une partie d’entre eux se tourne vers l’intelligence artificielle pour parler de préoccupations personnelles illustre autant les opportunités offertes par ces outils que les défis qu’ils soulèvent.
Plus que jamais, l’accompagnement et l’éducation numérique apparaissent essentiels pour aider les jeunes à naviguer dans ces nouveaux espaces numériques sans perdre de vue l’importance du lien humain.









