Ce n’est parfois pas le temps d’écran lui-même qui pose le plus de problème, mais toutes les interruptions qui l’accompagnent. Notifications, vibrations, badges rouges, sons, messages instantanés : nos appareils sont conçus pour capter notre attention en permanence. Et chez les enfants comme chez les adolescent·es, cette sollicitation constante peut avoir des effets bien réels sur la concentration, le stress ou encore le sommeil.
Une économie de l’attention
Les grandes plateformes numériques ne cherchent pas seulement à attirer des utilisateurs. Elles cherchent surtout à retenir leur attention le plus longtemps possible. Dans ce modèle économique, chaque notification compte.
Une vibration, un “like”, un message reçu ou une vidéo recommandée sont autant de petites sollicitations qui nous poussent à reprendre notre téléphone, parfois sans même y réfléchir. Ce phénomène est aujourd’hui largement étudié dans les recherches sur l’attention numérique et les usages problématiques des écrans.
Certaines applications vont même jusqu’à utiliser des mécanismes proches de ceux des jeux de hasard telles que les récompenses aléatoires, les attentes, la curiosité ou la peur de manquer quelque chose (“FOMO” - Fear Of Missing Out).
Un impact sur la concentration
À force d’être interrompu, notre cerveau peine davantage à rester concentré durablement sur une tâche. Même une notification ignorée peut perturber l’attention.
Chez les jeunes, cela peut se traduire notamment par :
- des difficultés à se concentrer sur les devoirs,
- une baisse de l’attention soutenue,
- un sentiment de dispersion,
- une difficulté croissante à “s’ennuyer” ou rester au calme.
Le cerveau s’habitue progressivement à des stimulations rapides et fréquentes. À long terme, certaines activités plus lentes (lecture, réflexion, travail scolaire, activités créatives, etc.) peuvent devenir plus difficiles à maintenir.
Un stress discret mais permanent
Les notifications ne captent pas uniquement notre attention. Elles installent aussi une forme de disponibilité permanente qui peut devenir fatigante à la longue. Beaucoup d’adolescent·es ressentent aujourd’hui une pression implicite à devoir répondre rapidement ou suivre en continu les échanges sur les réseaux sociaux et les messageries.
Cette sensation de devoir être constamment “connecté” peut contribuer à augmenter le stress et l’anxiété. Même lorsque le téléphone n’est pas utilisé activement, le cerveau reste souvent dans une forme d’anticipation (attendre un message ou craindre de manquer quelque chose). À force, cette hypervigilance numérique peut rendre plus difficile le fait de réellement décrocher et se reposer.
Le sommeil en première ligne
Les notifications jouent également un rôle important dans les troubles du sommeil liés aux écrans.
De nombreux jeunes gardent aujourd’hui leur smartphone dans leur chambre, parfois sous l’oreiller ou à proximité immédiate du lit. Les vibrations, messages nocturnes ou simples réflexes de consultation fragmentent alors le sommeil.
Mais au-delà des interruptions directes, c’est aussi l’anticipation qui pose problème : attendre un message, vérifier une réponse ou regarder “une dernière fois” son téléphone peut retarder l’endormissement et diminuer la qualité du repos.
Peut-on agir concrètement ?
La bonne nouvelle, c’est que certaines mesures simples peuvent déjà avoir un effet important.
Désactiver les notifications non essentielles, instaurer des moments sans téléphone ou éviter les écrans avant le coucher sont des pistes souvent efficaces. Il peut aussi être utile de réfléchir avec les jeunes aux applications qui sollicitent le plus leur attention et à la manière dont elles fonctionnent.
L’objectif n’est pas de supprimer totalement les écrans, mais plutôt de reprendre un peu de contrôle sur des usages souvent très automatisés.
Des outils concrets pour ouvrir la discussion
À REPER, nous observons que ces questions sont souvent difficiles à aborder uniquement avec des recommandations théoriques. C’est pourquoi nous développons également des outils pratiques et interactifs pour favoriser le dialogue autour des usages numériques.
Sur notre shop et via DigiHarmo, plusieurs supports pédagogiques et activités permettent d’aborder concrètement ces enjeux.
Ces outils sont pensés pour les familles, les écoles et les professionnel·les souhaitant travailler ces thèmes de manière ludique et concrète.
Dans un environnement numérique conçu pour solliciter notre attention en permanence, apprendre à créer des espaces de calme devient une compétence essentielle.
Couper certaines notifications, accepter de ne pas répondre immédiatement ou retrouver des moments sans sollicitations numériques peut paraître anodin. Pourtant, ces petits ajustements ont parfois un impact important sur le bien-être.
La prévention ne passe pas forcément par de grandes interdictions. Elle peut aussi commencer par une simple vibration… que l’on choisit de désactiver.









