IA à l’école en Suisse : 55 % des élèves de 15 ans utilisent déjà des chatbots chaque semaine

Illustration d’élèves utilisant l’intelligence artificielle dans un contexte scolaire en Suisse

ChatGPT et les autres outils d’intelligence artificielle ne sont plus une nouveauté dans les salles de classe. Selon les résultats de PISA 2025, publiés en septembre 2026, 55 % des élèves de 15 ans en Suisse déclarent utiliser des chatbots d’IA au moins une fois par semaine pour les aider à apprendre. C’est davantage que la moyenne des pays de l’OCDE, qui s’établit à 46 %. Une évolution rapide qui pose une question centrale : "Comment faire de l’IA un véritable outil d’apprentissage sans qu’elle ne se substitue à l’effort nécessaire pour apprendre ?"

Que révèle PISA 2025 sur l’intelligence artificielle à l’école en Suisse ?

L’enquête PISA 2025 a concerné 91 pays et économies. En Suisse, environ 7 600 jeunes de 15 ans issus de 275 écoles y ont participé. Pour la première fois, l’enquête permet aussi de mieux comprendre la place prise par l’intelligence artificielle dans les apprentissages. Et cette place est déjà importante.

En Suisse, 55 % des élèves interrogés indiquent utiliser une IA conversationnelle comme ChatGPT au moins chaque semaine pour les aider à apprendre. 40 % l’utilisent pour effectuer une première recherche sur un nouveau sujet, 40 % pour résumer un texte qu’ils doivent lire et 33 % pour rédiger un travail écrit. Seuls 9 % disent ne jamais ou presque jamais utiliser ces outils pour les différentes tâches scolaires étudiées par PISA. 

Le constat du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) est d’ailleurs explicite en notant que les jeunes en Suisse utilisent l’intelligence artificielle significativement plus souvent à des fins scolaires que la moyenne de l’OCDE.

ChatGPT est déjà devenu un outil scolaire

Ces résultats montrent surtout à quelle vitesse les pratiques ont changé.

Les outils d’intelligence artificielle générative accessibles au grand public ne sont apparus que récemment. En quelques années, ils se sont pourtant intégrés dans le quotidien scolaire d’une grande partie des adolescent·es.

Chercher une explication, résumer un chapitre, proposer une structure de texte, reformuler une phrase ou trouver des idées peut être extrêmement utile. Utilisée de manière réfléchie, l’IA peut faciliter la compréhension et permettre à un élève de recevoir rapidement une aide adaptée à ses besoins.

Mais la frontière est parfois mince entre utiliser l’IA pour apprendre et lui demander d’apprendre à notre place.

IA et résultats scolaires : ce que PISA permet vraiment de dire

C’est probablement l’un des résultats les plus intéressants de PISA 2025. À l’échelle internationale, les élèves qui déclarent ne pas utiliser les chatbots d’IA pour leurs travaux scolaires obtiennent généralement de meilleurs résultats que ceux qui les utilisent. Mais l’OCDE insiste sur la nécessité d’interpréter ces données avec prudence. Il s’agit d’une association et non de la preuve que l’utilisation de l’IA entraîne de moins bonnes performances scolaires. De nombreux autres facteurs peuvent expliquer ces différences. 

Les résultats deviennent d’ailleurs plus intéressants lorsqu’on regarde la manière dont l’IA est utilisée. Parmi les élèves qui s’en servent pour apprendre, une utilisation modérée est associée à des résultats légèrement meilleurs qu’une utilisation très rare ou, à l’inverse, très intensive. Les élèves qui utilisent régulièrement l’IA et qui ont appris à évaluer la qualité des informations qu’elle produit tendent également à obtenir de meilleurs résultats que les utilisateurs qui n’ont pas bénéficié de cet accompagnement. 

Autrement dit, la question n’est probablement pas simplement : « faut-il utiliser l’IA à l’école ? » Elle devient plutôt : « comment apprendre à bien l’utiliser ? »

Élève utilisant une intelligence artificielle comme aide à l’apprentissage tout en développant son esprit critique.

Apprendre avec l’IA sans arrêter de réfléchir

L’un des principaux risques est celui de la réponse toute faite. Lorsqu’un outil produit immédiatement un résumé, une argumentation ou une solution, il devient tentant de contourner certaines étapes qui participent justement à l’apprentissage (chercher, se tromper, reformuler, comparer des informations ou construire progressivement un raisonnement).

Andreas Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences à l’OCDE, souligne justement que l’arrivée de l’IA rend les compétences traditionnelles de lecture et d’esprit critique encore plus importantes. Savoir distinguer un fait d’une opinion, évaluer des preuves, gérer l’incertitude et vérifier une information devient essentiel lorsque des outils capables de produire instantanément des réponses très convaincantes sont accessibles à tous. 

L’éducation à l’IA ne devrait donc pas seulement apprendre à écrire de bons prompts. Elle devrait apprendre à questionner les réponses produites.

Une nouvelle compétence numérique à développer

À REPER, cette évolution rejoint une conviction plus large qui est que face aux transformations numériques, la réponse ne peut pas reposer uniquement sur l’interdiction ou sur la capacité individuelle des jeunes à se débrouiller.

L’éducation aux médias numériques fait partie des mesures que nous considérons comme essentielles. Les enfants et les adolescent·es doivent progressivement acquérir les compétences nécessaires pour comprendre les outils qu’ils utilisent, leurs possibilités mais aussi leurs limites. 

Avec l’intelligence artificielle, cela pourrait notamment signifier apprendre à se demander : d’où vient cette information ? Est-elle vérifiable ? L’IA a-t-elle réellement compris la question ? Puis-je expliquer moi-même la réponse qu’elle vient de me fournir ?

Une règle simple pourrait résumer cette approche : L’IA peut aider à réfléchir. Elle ne devrait pas remplacer la réflexion.

L’école a désormais un rôle essentiel

PISA 2025 montre que l’usage de l’IA par les jeunes est déjà largement installé. La question de savoir s’il faut « autoriser ou non » l’intelligence artificielle risque donc rapidement de devenir insuffisante.

L’enjeu sera davantage de définir dans quelles situations elle apporte une véritable valeur pédagogique, quand son utilisation doit être limitée et quelles compétences les élèves doivent acquérir pour conserver leur autonomie intellectuelle.

Cette question prendra encore davantage d’importance dans les prochaines années. La Suisse participera d’ailleurs à PISA 2029 avec un nouveau domaine consacré à la « Media and AI Literacy », destiné précisément à évaluer les compétences des élèves en matière de médias et d’intelligence artificielle. 

L’IA est entrée dans les apprentissages. Il reste maintenant à apprendre à apprendre avec elle.