À quel âge un jeune devrait-il pouvoir ouvrir un compte sur les réseaux sociaux ? La question revient régulièrement dans le débat public, souvent sous l’angle de la santé mentale ou de la protection face aux contenus problématiques. Une étude publiée en août 2026 dans Nature Human Behaviour apporte un autre éclairage. Une arrivée plus précoce sur les réseaux sociaux pourrait aussi être associée à de moins bons résultats scolaires, en particulier en mathématiques et en langue. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si les jeunes sont « prêts » à utiliser ces plateformes, mais aussi de réfléchir à ce que leur usage précoce peut changer dans leurs apprentissages.
Ce que montre l’étude publiée dans Nature Human Behaviour
L’étude s’appuie sur les données de 5 227 élèves italiens et combine leurs habitudes numériques avec des résultats standardisés suivis dans le temps. Les chercheurs ont comparé des jeunes qui ont ouvert un compte sur les réseaux sociaux en 6e, 7e ou 8e année scolaire avec d’autres qui ont attendu la 9e année ou plus tard. Les résultats suggèrent qu’une ouverture plus précoce du compte est associée à des performances plus faibles par la suite, surtout en italien et en mathématiques.
Les écarts les plus marqués concernent les élèves ayant commencé le plus tôt. Par rapport aux jeunes ayant attendu plus tard, ceux qui ont ouvert un compte en 6e année obtenaient des scores inférieurs d’environ 0,22 écart-type en italien et 0,18 en mathématiques en 8e année. En 10e année, l’écart restait du même ordre en italien et atteignait 0,27 en mathématiques. Les auteurs rappellent qu’un écart de 0,2 écart-type correspond ici à environ six mois de scolarité.
Les effets observés sont plus modestes lorsque l’ouverture du compte a lieu un peu plus tard, en 7e ou 8e année, mais ils restent présents dans plusieurs cas. L’étude ne met en revanche pas en évidence de différence en anglais. Les analyses complémentaires montrent aussi que les élèves qui consultent plus fréquemment leur téléphone ont tendance à avoir ouvert un compte plus tôt et obtiennent davantage de résultats plus faibles en italien et en mathématiques. Ils étaient également moins souvent encadrés par leurs parents dans leurs usages numériques.
Une étude à prendre au sérieux sans en faire une vérité absolue
L’intérêt de cette publication est qu’elle apporte des éléments solides à un débat souvent très idéologique. Pour autant, il faut garder une certaine prudence. Les auteurs eux-mêmes soulignent que leur travail reste observationnel et que les résultats doivent être interprétés avec précaution. L’étude ne dit pas que les réseaux sociaux expliquent à eux seuls les difficultés scolaires. Elle montre plutôt qu’une entrée précoce sur ces plateformes semble s’accompagner, dans cette population, d’effets négatifs sur certains apprentissages.
Autrement dit, la question n’est probablement pas seulement celle du temps d’écran. Ce qui semble aussi compter, c’est le moment du développement où l’exposition commence, la place prise par le smartphone dans la journée, les habitudes de consultation et la capacité de l’entourage à poser un cadre.
Ce que cela change pour la prévention
Cette étude renforce l’idée qu’un accès de plus en plus précoce aux réseaux sociaux n’est pas anodin. Elle rappelle aussi qu’un compte social n’est jamais seulement un outil de communication. Il s’accompagne de notifications, de sollicitations constantes, de comparaisons sociales et d’un environnement conçu pour capter l’attention.
Pour les parents et les professionnel·les, cela confirme l’intérêt de retarder autant que possible l’entrée sur les réseaux sociaux, ou à tout le moins de ne pas banaliser cette étape. Attendre quelques mois ou quelques années peut sembler secondaire. Pourtant, cette période correspond justement à un moment important pour les apprentissages, l’attention et la construction des habitudes numériques.
À REPER, nous défendons une entrée progressive et accompagnée dans le numérique
À REPER, cette actualité va dans le sens de ce que nous observons sur le terrain. Plus l’accès aux réseaux sociaux se fait tôt, plus il devient difficile pour les jeunes et les familles de garder la main sur les usages. La prévention ne consiste pas à interdire ou à faire peur. Elle consiste surtout à aider les jeunes à acquérir des repères, à comprendre le fonctionnement des plateformes et à développer des usages plus équilibrés.
C’est dans cette logique que nous proposons des ateliers, des formations et des outils pour accompagner les familles et les professionnel·les. Sur prevention-ecrans.ch et DigiHarmo, plusieurs ressources permettent déjà d’aborder ces questions concrètement, qu’il s’agisse de l’âge d’accès aux réseaux sociaux, des stratégies de captation de l’attention ou de la mise en place d’un cadre éducatif adapté.
L’étude publiée dans Nature Human Behaviour ne tranche pas à elle seule tout le débat sur les réseaux sociaux. En revanche, elle apporte un signal important : commencer tôt n’est pas neutre. Dans un contexte où les plateformes cherchent à attirer les utilisateurs toujours plus jeunes, cette recherche invite à ralentir et à prendre au sérieux la question de l’âge d’accès.









