Une photo de vacances, son prénom, son école, un lieu que l’on fréquente régulièrement ou quelques informations confiées à une intelligence artificielle. Pris séparément, ces éléments peuvent sembler anodins. Mis bout à bout, ils peuvent pourtant en dire énormément sur nous.
C’est précisément le thème choisi cette année par l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) pour le Cyber Security Month 2026 : « Oversharing – partager avec discernement ». Une invitation à réfléchir aux traces numériques que nous laissons quotidiennement et à ce qu’elles peuvent révéler, parfois sans que nous en ayons conscience.
Qu’est-ce que l’oversharing ?
Le terme anglais oversharing désigne le fait de partager trop d’informations personnelles, ou des informations plus sensibles qu’on ne le pense, notamment sur Internet et les réseaux sociaux. Le problème ne vient pas forcément d’une publication particulièrement intime.
Une photo peut révéler un lieu. Un uniforme, une école. Une publication d’anniversaire, une date de naissance. Une story répétée chaque semaine peut indiquer une activité et un horaire. Un prénom, une adresse électronique et quelques informations publiques peuvent ensuite être recoupés. C’est cette accumulation qui est importante.
L’OFCS rappelle qu’une photographie, un numéro de téléphone ou un nom peuvent paraître sans importance lorsqu’ils sont considérés isolément. Une fois combinés, ils peuvent permettre d’établir un profil étonnamment précis d’une personne.
Pourquoi nos informations intéressent-elles autant ?
Ces données peuvent notamment être utilisées pour rendre une tentative d’escroquerie beaucoup plus crédible. Un message mentionnant votre employeur, le prénom d’un proche ou une activité récente inspire naturellement davantage confiance qu’un e-mail générique envoyé au hasard.
Selon l’OFCS, les informations recueillies en ligne peuvent ainsi faciliter l’hameçonnage personnalisé, l’usurpation d’identité, l’escroquerie ou encore certaines formes de manipulation ciblée.
Avec l’intelligence artificielle, cette question prend encore une autre dimension. Trier de grandes quantités d’informations, rédiger des messages personnalisés ou exploiter des données accessibles publiquement devient toujours plus simple.
La prudence ne consiste donc plus uniquement à se demander : « cette photo est-elle embarrassante ? », mais également : « qu’est-ce que quelqu’un pourrait apprendre sur moi grâce à cette information ? »
Les jeunes sont particulièrement concernés
Pour les adolescent·es, publier et partager fait partie des usages ordinaires du numérique. Photos, vidéos, localisation, centres d’intérêt ou moments du quotidien participent aussi à la socialisation et à la construction de l’identité. Il ne s’agit donc pas de leur demander de disparaître d’Internet.
L’enjeu consiste davantage à leur apprendre que toutes les informations n’ont pas la même valeur et que leur audience réelle peut être beaucoup plus large que prévu. Un compte privé réduit certains risques, mais une publication peut toujours être enregistrée, capturée ou transmise.
Le Cyber Security Month met d’ailleurs volontairement l’accent sur le dialogue entre générations. Des ateliers menés avec l’organisation Netpathie réunissent jeunes et adultes afin d’observer comment plusieurs petites informations peuvent rapidement permettre de reconstruire un profil personnel.
Et avec ChatGPT et les autres intelligences artificielles ?
L’oversharing ne concerne plus seulement ce que nous publions sur les réseaux sociaux. Nous transmettons désormais également des informations à des assistants d’intelligence artificielle.
Pour cette raison, l’OFCS et le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence consacrent aussi une partie de leur campagne 2026 à l’usage de l’IA. Leur question est très simple : quelles informations pouvons-nous confier à une intelligence artificielle et lesquelles vaut-il mieux garder pour nous ?
Le même principe peut s’appliquer dans la vie privée. Avant de transmettre un document, une conversation, une photographie ou des informations concernant une autre personne à un outil d’IA, il vaut la peine de se demander si toutes ces données sont réellement nécessaires.
Partager avec discernement plutôt que ne plus partager
La réponse à l’oversharing n’est pas de ne plus rien publier. Les espaces numériques permettent de communiquer, de créer et de maintenir des liens. L’objectif est plutôt de développer quelques automatismes tels que réfléchir à l’audience d’une publication, éviter de diffuser inutilement des données permettant de nous identifier ou de nous localiser, contrôler régulièrement les paramètres de confidentialité et prendre quelques secondes avant de transmettre une information concernant quelqu’un d’autre.
Un réflexe peut résumer l’ensemble : "Avant de partager, se demander non seulement « qui peut voir cette information ? », mais aussi « que peut-on en déduire ? »
Une compétence numérique devenue essentielle
La campagne suisse sur l’oversharing rappelle finalement que la protection de la vie privée ne dépend plus seulement de la capacité à garder un secret. Dans un environnement où nous semons quotidiennement de petites traces numériques, savoir choisir ce que l’on partage devient une véritable compétence numérique.
Pour les jeunes comme pour les adultes, apprendre à comprendre la valeur de nos données, à identifier ce qu’elles révèlent et à maîtriser davantage leur circulation fait désormais partie de l’éducation au numérique.
Partager, oui. Mais avec discernement.









